« 3 septembre 1847 » [source : MVH, α 7975], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4109, page consultée le 04 mai 2026.
3 septembre [1847], vendredi matin, 7 h. ½
Bonjour, mon scélérat, bonjour, féroce homme, bonjour, vilain sale, bonjour comment que ça va ce matin ? Je suis sûre que vous avez le front d’aller tous très bien et de vous préparer déjà à de bonnes goinfreries. Les Toto PAIR et FILS sont capables de tout, même de se moquer d’une Juju qui vaut mieux qu’eux et qui leur en remontrera quand ils voudront sur l’art de parler et d’écrire correctement. Puisque vous trouvez si drôle de vous ficher de ma taille de plume, je me servirai dorénavant de la vôtre, de taille et de plume, nous verrons si cela vous fera bien rire. Je ne veux plus avoir de niaises délicatesses avec vous puisque vous ne savez pas les apprécier. À force de m’asticotera vous finiriez par me rendre aussi méchante que vous, ce qui ne laissera pas que d’être d’un farce agréable pour ceux qui se trouveront aux premières places pour nous voir nous graffigner et nous déchirer de nos propres griffes. Quant à moi, je donnerais bien deux sous contrôlés à la Monnaie pour voir ce spectacle curieux. En attendant, dormez, garde-malade, et tâchez de réparer vos forces pour le très prochain combat. Je vous dis que je vous attends en champ clos avec ongles frais émoulus.
Juliette
a « asticotter ».
« 3 septembre 1847 » [source : MVH, α 7976], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4109, page consultée le 04 mai 2026.
3 septembre [1847], vendredi après-midi, 1 h. ½
Tout va de mieux en mieux mes chers bien-aimés, et je m’en réjouis avec vous tous.
Voilà un temps fait pour hâter toutes les convalescences et celle de ce cher petit
ogre en particulier. Je suis sûre que demain il voudra se bassiner les gencives avec
un rosbifa et prendre un verre de vin
de Bordeaux pour s’humecter un peu le larynx. Quant à moi, je ne m’y oppose pas à
la
condition que cette médecine véhémente soit approuvée par toute la faculté de la Place
Royale, Fauvel et autre Louis de la capitale. Maintenant baisez-moi et
réveillez-vous, bel endormi, réveillez-vous car il fait jour même pour ceux qui comme
vous ont passé la nuit. Tu vois mon doux adoré que malgré tous les griefs que j’ai
contre toi le plaisir de savoir ton Toto hors de danger l’emporte sur mon juste
ressentiment et que je te souris sans la moindre rancune. On n’est pas de meilleure
pâte de Juju que moi, convenez-en et taisez-vous.
Cher bien-aimé, c’est à huit heures du matin qu’il faut que je sois rendue demain
à
l’église de Saint-Mandé. C’est un devoir toujours pénible à remplir pour une pauvre
mère que celui qui me réclame demain et je ne crois pas même que j’aie la force de
l’accomplir dans tout son entier. Il n’est que trop probable que je n’irai qu’à la
messe. Je ne me sens pas le courage d’assister à l’exhumation1. D’y penser tout mon
cœur se retourne. Plains-moi et aime-moi, j’en ai bien besoin.
Juliette
1 Le corps de Claire Pradier avait été exhumé une première fois le 11 juillet 1847 et transporté d’Auteuil, où elle était morte, à Saint-Mandé, conformément à son testament découvert après l’enterrement. Il sera exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau.
a « rotbif ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
